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L’éthique des jeux freemium

Comme je l’ai déjà expliqué, je considère que le marketing est éthique lorsqu’il ne ment pas. De ce fait, je pense que les créateurs de contenu devraient faire de leur mieux plutôt que de raconter n’importe quoi pour faire parler d’eux et persuader les gens d’acheter leurs produits.

Par contre, avec la mode du politiquement correct, de nombreuses personnes se racontent des histoires d’éthique dans des situations qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’éthique. C’est par exemple le cas avec les jeux freemium.

Les jeux freemium sont gratuits. Mais ils ont une option payante. Certains jeux sont dit « pay to win ». Cela signifie qu’il faut payer pour gagner. Mais il s’agit plus d’un mauvais design que d’un problème d’éthique. En effet, de tels jeux ont tendance à faire fuir les joueurs.

D’autres jeux stimulent les circuits de récompense du cerveau. Le joueur doit accomplir des tâches plus ou moins longues et il obtient régulièrement des récompenses. Ces récompenses sont parfois marquées par moult effets sonores et visuels pour bien insister sur la gratification. Puis certains mécanismes du jeu arrêtent cette progression et le joueur va devoir attendre, ou payer…

Certains joueurs deviennent « accros » à ce type de jeux et sont prêts à payer des centaines d’euros chaque mois pour maintenir le rythme des récompenses. De ce fait, les jeux freemium sont assez mal vus dans le milieu du game design. De nombreux game designers trouvent qu’il n’est pas éthique de faire payer des centaines d’euros pour des jeux souvent simplistes. Mais je ne suis pas d’accord avec ce point de vue.

Ceux qui pensent que les jeux freemium ne sont pas éthiques prennent le problème à l’envers. D’après une conférence animée par un responsable de Kongregate, les jeux freemium convertissent en général autour de 0,5 %. Les meilleurs jeux convertissent entre 1 et 3 %. Cela signifie que la très grande majorité de joueurs apprécie ces jeux sans les payer. Lorsqu’un joueur fait partie de la petite minorité qui paie, il dépense en moyenne 25 $. Les joueurs qui dépensent 10 fois plus sont une minorité dans la minorité. Pour ma part, j’apprécie certains jeux freemium et je n’ai jamais rien payé pour y jouer.

Comparons cela à la vente d’alcool. 80 % de gens qui boivent de l’alcool n’ont aucun problème. Les 20 % restants boivent plus de 2 verres par jour et ont un problème plus ou moins grave avec l’alcool. Certaines personnes boivent 20 bouteilles d’alcool fort par mois. Cela leur coûte 300 €. Ces personnes détruisent leur santé, leur vie de famille…

Et pourtant, les gens qui montrent du doigt les jeux freemium ne se sont probablement jamais questionnés sur l’éthique de la vente d’alcool. La prohibition nous a montré que l’interdiction de l’alcool posait encore plus de problèmes d’éthique que son autorisation. Et surtout, on ne peut pas faire de déduction générale en se basant sur un cas particulier.

Certaines personnes ont besoin d’une hyper stimulation de leurs circuits de récompense pour soulager leurs angoisses. Une personne qui dépense des centaines d’euros dans un jeu freemium ne paie pas pour le jeu. Elle paie pour avoir des rushs de dopamine.

Ces personnes sont sujettes aux addictions et finalement, si elles arrivent à avoir une vie meilleure grâce à ce type de jeux, c’est plutôt un moindre mal. Elles perdent peut-être du temps et de l’argent, mais elles ne perdent pas leur santé.

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